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Un tatouage pour survivre

Au cœur des îles de l’archipel d’Indonésie, on peut encore croiser des femmes entièrement tatouées de divers motifs estompés, ornant leurs mains, leurs jambes, leurs pieds, l’encre courant sur leurs visages tel une toile d’araignée tissée au fil sombre.

Chez la plupart des populations autochtones, le tatouage a toujours eu une place centrale, voire sacrée…Les Maoris d’Hawaï, les indigènes d’Amérique du Nord, tous relient une symbolique divine à ces dessins gravés dans la peau. Dans la culture de certaines tribus d’Asie du Sud-Est, le tatouage est une tradition ancestrale qui vise à rendre hommage à la nature, mais surtout un rite de passage pour les jeunes épouses. Ces ébauches composées de simples lignes, rappelant souvent des éléments de la nature, devaient être pour toutes, une parure à porter fièrement pour refléter la richesse de leur culture et symboliser leur union, mais pour certaines, c’est une toute autre raison qui les poussèrent à endurer la douleur de l’aiguille, pour échapper à une bien sombre menace de leur époque.

Pendant la deuxième guerre mondiale, certaines parties de la Chine et territoires avoisinants, ainsi que plusieurs pays d’Asie du Sud-Est tombèrent sous l’occupation du Japon Impérial. Comme dans toute guerre, entre oppresseurs et opprimés, des crimes inimaginables furent à déplorer et amenèrent le gouvernement japonais à prendre certaines dispositions destinées à réduire ces crimes de guerre. Ainsi, ils créèrent des camps un peu partout où des femmes furent entassées et appelées “femmes de réconfort”. C’est sous ce nom quelque peu évocateur, espérant camoufler une réalité sordide, que se tissât un réseaux d’esclavage sexuel. Mineures comme majeures, d’innombrables jeunes filles furent arrachées des bras de leur famille, impuissantes devant ce massacre. Pour sauver leurs filles de ce déplorable destin, certains villages indonésiens eurent l’idée de recourir à une tradition ancestrale. En les tatouant sur tout le corps, elles devenaient esthétiquement indésirables et qui plus est , officieusement mariées aux yeux des soldats japonais, qui étonnamment respectaient ce statut.

La pratique de ces tatouages faciaux perdura jusqu’aux années 50, où elle finit par être interdite par le gouvernement indonésien. De nos jours, peu de femmes arborent encore ce tatouage traditionnel, certaines heureuses de représenter les dernières lueurs de leur culture face à la mondialisation, tandis que d’autres portent sur elles le souvenir douloureux du combat silencieux dont est marqué leur visage à jamais.

Axelle Rousse_Redacxelle

Femme fatale aux courbes si parfaites qu’indicibles, je reste au foyer pour éviter les paparazzi et mener une vie tranquille loin des projecteurs. J’en profite pour cultiver mes neurones et m’intéresser à tout et n’importe quoi. Mes madeleines préférées sont la grammaire française, la littérature, la musique savante et la pédagogie.

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