Qu’est-ce qu’un nilomètre ?

Vous n’êtes pas sans l’ignorer, quand un mot se termine par le suffixe « mètre », c’est qu’il désigne un objet servant à mesurer ou un enotion liée à la mesure. Celui qui nous intéresse aujourd’hui remonte à l’époque pharaonique (Visite immersive en Égypte antique) et servait à mesurer la clarté et le niveau d’eau du Nil pendant la saison annuelle des crues en Égypte.

Il existait trois principaux types de nilomètres, calibrés en coudées égyptiennes :

  • une colonne verticale,
  • un escalier en couloir descendant vers le Nil
  • et un puits profond muni d’un canal souterrain.

Entre juillet et novembre, les tronçons du Nil traversant l’Égypte débordaient et recouvraient la plaine inondable adjacente. Lorsque les eaux se retiraient, vers septembre ou octobre, elles laissaient derrière elles un riche dépôt alluvial de limon noir exceptionnellement fertile sur les terres cultivées. L’akhet, ou « saison des crues », était l’une des trois saisons en lesquelles les anciens Égyptiens divisaient leur année. La crue annuelle revêtait une grande importance pour la civilisation égyptienne. Une inondation modérée constituait un élément essentiel du cycle agricole ; toutefois, une inondation plus faible que la normale entraînait la famine, tandis qu’une crue trop importante s’avérait tout aussi désastreuse, emportant une grande partie des infrastructures construites dans la plaine inondable. Des archives datant de 622 à 999 apr. J.-C. indiquent qu’en moyenne, 28 % des années ont connu une inondation inférieure aux prévisions.

Et notre nilomètre là-dedans ?

Si le niveau de l’eau indiqué sur le nilomètre était bas, la fertilité de la plaine inondable en souffrait. S’il était trop élevé, les inondations causaient des ravages. Une marque précise indiquait à quelle hauteur devait s’élever la crue pour que les champs bénéficient d’un sol fertile.


Les nilomètres ont également été construits à l’époque romaine et étaient très répandus dans l’Égypte islamique sous les dynasties des Rashidun, des Omeyyades, des Abbassides, des Tulunides, des Mamelouks, des Alaouites et sous la République, jusqu’à ce que le barrage d’Assouan les rende obsolètes dans les années 1960.

La capacité à prédire l’ampleur de la prochaine crue faisait partie du mystère qui entourait le clergé de l’Égypte antique. Cette compétence jouait également un rôle politique et administratif, puisque l’ampleur de la crue annuelle servait à déterminer le montant des impôts à payer. C’est là qu’intervenait le nilomètre : les prêtres surveillaient quotidiennement le niveau du fleuve et annonçaient l’arrivée tant attendue de la crue estivale.

Les attributs religieux liés au Nil s’entremêlaient avec l’idéologie ou la croyance en Maât (un système d’équilibre naturel). Seuls les prêtres et les nobles de la ville avaient accès aux nilomètres. La restriction quant aux personnes autorisées à accéder à ces structures garantissait à la fois la responsabilité quant à l’exactitude des relevés et le contrôle politique des communautés religieuses et des classes dirigeantes.

Crédits photographiques : Par Olaf Tausch — Travail personnel, CC BY 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=18803318

A propos de l'auteur

Axelle Rousse_Redacxelle

Femme fatale aux courbes si parfaites qu’indicibles, je reste au foyer pour éviter les paparazzi et mener une vie tranquille loin des projecteurs. J’en profite pour cultiver mes neurones et m’intéresser à tout et n’importe quoi. Mes madeleines préférées sont la grammaire française, la littérature, la musique savante et la pédagogie.

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