Iphen ou l’histoire d’un trait

Le trait d’union (‐) est un signe de ponctuation utilisé pour relier des mots et pour séparer les syllabes d’un même mot. L’utilisation des traits d’union est appelée césure ou hyphénation. Le mot hyphen est dérivé du grec ancien ὑφ’ ἕν (huph’ hén), forme contractée de ὑπὸ ἕν (hypó hén), qui signifie « en un » (littéralement « sous un »). Le (ἡ) ὑφέν (hē hyphén) était un signe ressemblant à une liaison souscrite (‿), écrit sous deux lettres adjacentes pour indiquer qu’elles appartenaient au même mot lorsqu’il était nécessaire d’éviter une ambiguïté, à une époque où les mots n’étaient pas encore séparés par des espaces.

Le trait d’union est parfois confondu avec les tirets (le tiret demi-cadratin –, le tiret cadratin —, entre autres), qui sont plus longs, ou avec le signe moins (−), qui est également plus large et généralement placé légèrement plus haut afin de s’aligner avec la barre horizontale du signe plus (+).

La première mention connue du trait d’union se trouve dans les ouvrages de grammaire de Denys le Thrace. À cette époque, le trait d’union servait à réunir deux éléments de texte qui, sans cela, auraient pu être lus comme deux mots distincts, au moyen d’un petit signe de liaison placé sous les lettres. Cette pratique était nécessaire en raison de l’ambiguïté résultant de l’absence d’espaces entre les mots. En grec, ce signe était appelé énôtikon (enotikon), officiellement romanisé — bien que cette romanisation demande parfois des précisions — sous le nom de hyphen.

Avec l’apparition de la séparation des mots par des espaces au Moyen Âge, le trait d’union, toujours écrit sous la ligne de texte, fut utilisé pour relier deux mots qui avaient été séparés à tort par un espace. Une fois les espaces devenus la norme, supprimer un espace remplissait pratiquement la même fonction que l’ajout d’un énôtikon, ce qui rendit ce dernier superflu. De plus, la difficulté supplémentaire qu’impliquait l’utilisation de ce signe sous les lignes très rapprochées de l’imprimerie à caractères mobiles contribua à l’abandon progressif du trait d’union de style grec.

Le Moyen Âge a également vu apparaître le trait d’union de fin de ligne, utilisé pour signaler qu’un mot était coupé entre deux lignes, ainsi que le trait d’union des mots composés, destiné à former des mots composés reliés par un trait d’union. L’origine exacte de ces deux usages demeure incertaine et fait encore l’objet de débats parmi les spécialistes : on ne sait pas si le trait d’union des mots composés est issu du trait d’union de fin de ligne, ou si c’est l’inverse.


Dans sa célèbre Bible de Gutenberg à 42 lignes, qui marque le début de l’ère de l’imprimerie à caractères mobiles, Johannes Gutenberg employait le caractère ⸗, forme de trait d’union couramment utilisée dans les textes imprimés en écriture gothique  de l’époque. La Bible de Gutenberg est réputée pour la qualité exceptionnelle de sa justification et la régularité de son espacement. Pour y parvenir, Gutenberg recourait notamment à la césure des mots, sans appliquer de règles supplémentaires limitant les endroits où un trait d’union pouvait être inséré dans un mot.

Le trait d’union s’écrit toujours sans espace avant ni après les éléments qu’il relie.

Dans la langue fançaise, le trait d’union est notamment utilisé dans les cas suivants :

  • les mots composés, par exemple chef-d’œuvre ;
  • les noms propres composés, par exemple Aix-en-Provence ;
  • les dates ou références chronologiques, par exemple 8-05-1945 ;
  • les références à des articles de textes juridiques, par exemple article L. 121-3 du Code de la consommation ;
  • les plages de valeurs ou périodes, par exemple 2020-2024.

Lorsqu’un mot est coupé en fin de ligne, un trait d’union conditionnel est utilisé : il n’apparaît que lorsque la coupure est effectivement réalisée.

 

A propos de l'auteur

Axelle Rousse_Redacxelle

Femme fatale aux courbes si parfaites qu’indicibles, je reste au foyer pour éviter les paparazzi et mener une vie tranquille loin des projecteurs. J’en profite pour cultiver mes neurones et m’intéresser à tout et n’importe quoi. Mes madeleines préférées sont la grammaire française, la littérature, la musique savante et la pédagogie.

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