Origine du mot barbecue

barbecueCe billet est un peu un mea-culpa. J’ai soutenu pendant des années, du haut de ma superbe, que le mot barbecue venait du français « de la barbe au cul ». Je contais à tout va en saison estivale que les anglais au XVIème siècle avaient été séduits par cette expression désignant la manière d’embrocher l’animal en fin de partie de chasse; et l’avaient ramené chez eux. Je m’apprêtais même à en écrire les yeux fermés un article sur ce même blog; mais rassurez vous, je vais tenter de rattraper avec des sources plus documentées que des discussions de brochettes.

Commençons tout d’abord par les premières apparitions du mot. C’est dans l’Isthme de Panama, ou du moins aux civilisations pré-caraibéennes, les arawak; que l’on retrouve des traces du mot originel barbacoa dès 1518 au sens « dispositif pour faire rôtir les viandes en plein air ». On le trouve ensuite 1697 dans A new Voyage round the World de William Dampier au sens de « cadre de bois latté servant de sommier » sous la forme barbecu, borbecu. Ensuite le mot anglais a muté en « dispositif sur lequel l’on fait rôtir les viandes en plein air » en 1699; puis a désigné la « viande rôtie à ce dispositif » au début du XVIIIième siècle. Celui-ci serait ensuite tombé en relative désuétude en anglais.

Le mot barbecue tel que nous le connaissons viendrait des Etat-Unis où il aurait été emprunté à l’hispano-américain. Ces derniers en avaient gardé la forme originelle barbacoa attesté, au sens de « dispositif pour faire rôtir les viandes en plein air ».

Pour rattraper l’essaimage d’âneries que j’ai fait ces dernières années sur le sujet, je me suis appliqué à faire un article documenté. En espérant que mes « victimes » me pardonneront et continueront à donner un quelconque crédit à mes futurs billets. Pour les autres ce sera une occasion d’étaler leur pédanterie autour d’un « saucisse-mergez » lorsque tonton René vous dira que barbecue vient de « barbe au cul ».

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commandant

35 commentaires

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  • Ah, ben rassure toi commandant : tu n’étais pas le seul à être dans l’erreur en ce qui concerne l’origine de ce mot… merci, j’ai appris quelque chose (enfin, comme d’hab sur le site, quoi ^^).

  • cet article n’empêchera cependant pas mon petit frère de continuer à remplacer remplacer le mot par l’expression “un poil aux fesses” 😉

  • > gérard : Mon espagnol n’est pas parfait mais je crois que la queue d’un animal se dit “rabo”, “cola” étant le mot reservé pour la queue d’une file, exemple. De plus, on peut supposer que l’espagnol d’antan a évolué, et donc que les mots ont subi certaines modification, à l’image du vieux français et du français actuel.

  • J’ai indiqué cela parce que j’ai toujours appelé “cola” une queue d’animal, et parce que j’ai toujours trouvé en Espagne ce mot utilisé dans ce sens.
    Voici les traductions données dans les dictionnaires en ligne :

    queue [kø]
    nom féminin
    1. [d’animal] cola femenino
    [des quadrupèdes] rabo masculino
    faire une queue de poisson à quelqu’un encerrar a alguien
    sans queue ni tête (figuré) sin pies ni cabeza
    2. [de fruit] rabillo masculino
    3. [d’objet] mango masculino
    4. [de groupe] cola femenino
    à la queue leu leu en fila india
    faire la queue hacer cola
    5. (vulgaire) [sexe] rabo masculino

  • Au château de Domeyrat, près de Brioude en Haute-Loire, il y a toujours un guide qui présente les us et coutumes d’un château aux temps moyennageux. Il faudrait donc que quelqu’un lui dise que sa définition est inexacte ; il parle de mettre l’animal de barbe en queue sur une tige de métal afin de le faire rotir au dessus du feu de cheminée.
    Il précise que cette expression aurait disparue et reprise par les anglophones.
    Curieux non ?

  • J’ai aussi toujours cru que barbecue venait de “barbe au cul” jusqu’à hier soir en regardant le 4° duel (jeu télé). J’étais tellement sure de moi que je me suis trouvée un peu idiote devant la solution…
    Merci pour ces infos!
    (C’est aussi un oncle qui m’avait donné cette fausse origine…)

  • Cette petite rectification est tout à ton honneur. On est parfois tellement sûr de soi – en se trompant allègrement.

  • je suis outrée , lors d’une conférence une experte en langue française nous a dit cela. Voilà comment essaimer des conneries que j’ai moi-même répandues car je me suis fiée à des “linguistes”.la clé est de toujours douter et de faire des recherches.rectification tout à ton honneur, j’aimerais pouvoir en faire de même. Nana

  • Gonzalo Fernández de Oviedo y Valdés a été nommé inspecteur des fonderies d’or à Hispaniola en 1514. Comme il n’y avait pas beaucoup d’or, le gaillard a cherché à s’occuper. Il a écrit une “histoire naturelle des indiens”, des arawaks de l’île en général, des tainos en particulier. Il s’agit d’une des première diffusion écrite en Europe qui parle des nouvelles indes et des nouveaux indiens. C’est de son livre et indirectement du langage taina (une des variantes arawak) que vont etre nommé de nombreuse choses qui n’avait pas de nom en Europe. Par exemple:
    Ananas, Barbecue, Caïman, Cannibale, Canoë/canot , Caraïbe, Colibri, Goyave, Hamac, Iguane, Mais, Manioc, marraccas, Ouragan, Papaye, Patate, Pirogue, Savane tabac, yucca…

  • moi aussi je pensee que barbecue venait du moyennage de la barbe au cul,je suis pieds noirs et en algerie j ai toujours vu les algeriens cuire leur viande sur le canoun avecdu charbon de bois et une grille, et l ete ils avaient un bac en fer ou il mettait pareil du charbon de bois et faisait cuire les mergez les brochettes etc….et j ai toujours penser que c etait eux qui avait invente cette facon de cuire qui a tord qui a raison et ne dit on pas de la barbac pour la viande

  • L’expression de la barbe au cul était encore employée en Brie dans les années 40 par les autoctones du Plessis Trévise à la ferme Caroline lorsqu’ils faisaient cuire un lapin ou un lièvre à la broche.

  • @tomtomtom ton article fait une bonne synthèse humoristique de l’historique du barbecue.
    Je me permets cependant de m’opposer à ton paragraphe sur l’animisme fervent des arawaks qui ne tuait jamais d’animaux sans s’excuser. C’est une vision d’un animisme primaire appliqué en bloc aux arawak et au taino plus généralement.
    Leurs croyances se rapproche plus d’un polythéisme avec une couple homme-femme formant une divinité suprême, des divinités supérieures et des divinités secondaires.
    Le monde est séparé en trois la terre, les cieux et le monde souterrain avec un dieux à la tête de chaque. Les chamans ayant la possibilité d’aller chercher des réponse dans les deux autres mondes.
    En plus plus de ces trois mondes, il en existe un quatrième paradisiaques pour la vie après la mort. L’esprit des mort peut revenir la nuit sous la forme de chouette ou de chauve souris qui sont des deux animaux sacrés. Les chamans communiquent avec eux lors de ces passages.
    Les dieux ne sont pas des animaux ou des objets du monde comme dans l’animisme “primaire” mais des concepts : La fertilité des récoltes, la fertilité féminine, la déesse double de l’harmonie ciel bleu/nuage, le dieu de la discorde qui amène les ouragans, le ressurecteur qui fait renaitre la végétation morte, le dieu des morts, le dieu de l’obscurité…
    Au delà de ça il y a une mythologie avec des histoire entre les dieux, des récit de héros influencé par les dieux.
    De manière assez surprenante, ces dieux sont très rarement d’apparence animale. Ils ont en fait quasiment tous un visage humanoïde.
    C’est à mon sens une grande méprise du colonialisme européen que d’associer animisme à toute société qui ne construit pas en pierre.

    • merci alphée ! quel ajout qui met en évidence la beauté et la sagesse d’un groupe…
      On en oublie le destination (BBQ) tellement le voyage est agréable :O)

      un ti-cul du québec

  • Pour gérard : étant donné qu’il s’agit d’une civilisation pré-caribéenne, je suppose que l’espagnol ne se parlait que très peu chez ces populations… Et de plus pourquoi la viande rotie à l’air libre se cuirait en enfilant en bâton par les orifices de l’animal? Pourquoi ne pas découper l’animal avant? En réalité très peu de viandes se cuisant de cette manière peuvent être cuites de manière égale sans cramer l’extérieur ni laisser l’intérieur quasiment crue, de mon point de vue. 😉

  • Barbecue : est d’origine du dialecte arabe des Libanais-syrien b’3ara be yacoué
    en plein air il roti (yachoué).Ensuite le mot anglais a muté en « dispositif sur lequel l’on fait rôtir les viandes en plein air » en 1699; puis a désigné la « viande rôtie à ce dispositif”.

  • Je ne suis pas convaincu par l’origine américaine du mot. Il y a 70 ans qu’un oncle m’a appris que barbecu (sans e) signifie “de la barbe au cul”. Ça me paraît moins alambiqué. Il faudrait peut-être fouiller dans les œuvres de Rabelais.

  • pour être clair sur Barbacoa
    Dictionnaire de Trévoux, 1771:
    http://fr.wikisource.org/wiki/Page:Dictionnaire_de_Tr%C3%A9voux,_1771,_I.djvu/776

    BARBACOA. s. f. Espèce de grand gril de bois, élevé dans le milieu d’un Boucan, sur lequel on met la viande & le poisson qu’on veut faire boucaner. Ce terme, qui est caraïbe, a passé dans la langue françoise, depuis que les François se sont établis dans les îles Antilles de l’Amérique.

    qui dit mieux?

  • B-B-Q …laisse fortement supposer 3 mots ( Barbe et queue etou cou ) car enseigné au château de Domeyrat tel que stipulé plus haut . Imaginez une déformation par un anglais ( Barbe bi quiou (( si queue ou si cou ((…de la barbe = derrière jusqu`au cou ! )……et laisse supposer la brochette ( Domeyrat ) . En principe , le plus simple doit être adopté donc que l`expression provienne du français est simple , attrayant , peu déformé et ergonomiquement lexical !!

  • Bonjour,
    Je suis frappé par la ressemblance (au moins quasi-phonétique) de ‘barbecue (en)’ et ‘barbaque (fr)’… Y a t-il un lien ?
    Merci.

  • @anglade: Différentes théorie s’oppose.
    On va bien sur trouver sur le net (wiktionnaire inclus) des gens pour dire que c’est une autre dérive de barbacoa mais aucun lien linguistique n’étaye l’hypothèse.
    Les deux théorie les plus en vogue sont :
    – de la viande de brebis qui avait la prononciation populaire “barbi” (encore présente dans certain patois)
    – le nom de la viande de mouton donné par les paysan roumain aux soldat lors de la guerre de crimée : “berbec”. Le mot serait bien resté en mémoire à cause d’un chargement mal fumée qui provoqua une très violente dysenterie avant le début des combats. Il désigne par la suite dans les caserne le morceau de viande bouillie servi dans les repas.

  • Etrange constat :
    Pour tant de gens intéressées par l’éthymologie, constater autant de fautes d’orthographes est plus que consternant !

  • Il y a trois jours, J’étais si heureux d’apprendre par un ami que le mot venait de “rôti de la barbe au cul”, même si “cul” est devenu “cue”. Mais il semble que ce soit plutôt “barbacoa” qui en soit vraiment l’origine. Mais c’est étrange quand même d’entendre “barbe au cul” dans des langages “rustiques”. Peut-être les deux sont-ils vrais…?
    Peut-être comme “l’infante de Castille” fut à l’origine populaire du nom du quartier de Londres “Elephant Castle”, les petites gens de l’époque ne comprenant pas ces mots qu’ils ne connaissaient pas…
    Saurons-nous un jour?

    Salutations.

  • Moi j’ai toujours pensé qu’il y’avait un lien avec Sainte Barbe(Barbara) qui est la sainte patronne de tous ce qui a un lien avec le feu …

  • j’ai longtemps cru en la définition de “barbe au cul” pour l’avoir entendue à la radio défendue par le guitariste Alexandre Lagoya il y a fort longtemps. Mais c’est peut-être un de mes rêves. Il s’agissait de faire cuire une chèvre par des boucaniers sur une broche, la peau servant de de coque de protection pour une cuisson à l’étouffée. Comme on le fait pour un porcelet ou un méchoui.
    Barbacoa me paraît une étymologie crédible et l’ouvrage de Gonzalo Fernández de Oviedo y Valdés suffisamment poétique pour y souscrire.
    Ceci suppose qu’il n’y ait qu’une seule origine au mot : pas prouvé !
    Que ce terme ait-été utilisé dans nos campagne il y a longtemps permet de ne pas exclure d’autres origines que caraïbe, libanais-syrien ou…puissent exister simultanément. Un lapin à la broche ait cuit la barbe au cul me parait conforme aux habitudes de chasseurs et de braconniers sans faire appel à la linguistique.
    Mais tout cela nous permet de parler de notre belle langue : ça c’est bien

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