Un dimanche sanglant (bloody sunday)

Texte extrait et adapté d’un support pédagogique rédigé pour l’association Carpediem éducation « Le rêve de Martin Luther King »

Nous sommes en 1965, à Selma, une  ville de l’Alabama, dans laquelle la ségrégation fait rage depuis la fin de la guerre de Sécession. Alors que la moitié des habitants de cette ville sont noirs, seulement 1% jouit du droit de voter. Alors qu’ils sont 15 000 à vivre à Selma, seulement 250 sont inscrits sur les listes électorales ; on les considère comme des citoyens de seconde zone. Toutes les lois et ordonnances de la cité ont été prévues pour que les Noirs ne puissent jamais se rassembler. Quand Martin Luther King arrive dans cette ville tout début janvier, il est scandalisé par le climat de terreur qui y règne. Il visite toutes les églises avec un message d’unité et invite les paroissiens à braver les interdits pour aller voter. Il est conscient que beaucoup risquent la prison, car le shérif Jim Clark est réputé pour être têtu, brutal et provocateur. Lorsqu’il apprend que les défenseurs des droits civiques arrivent, il s’empresse d’arborer un badge sur lequel on pouvait lire « Jamais/ Never ». Il n’est pas prêt à accorder le moindre droit aux personnes noires de Selma ! Mais Martin Luther King, lui aussi, est têtu. Il organise plusieurs marches non-violentes dans la ville. Pourtant, fin février, aucun changement n’est visible. Manifestations après manifestations, défilés après défilés, marches après marches, le shérif Clark ne cède pas. Il a bien dit JAMAIS. Les marcheurs ont l’impression de piétiner. Vont-ils se démotiver et abandonner le combat ?

Le 26 février 1965, ils apprennent que Jimmie Lee Jackson, un jeune homme qui manifestait de façon non-violente à Marion, une autre ville d’Alabama située près de Montgomery a été tué. L’émotion s’empare de la communauté noire, animée par le souvenir de Rosa Park, la femme courageuse de l’autobus de Montgomery. C’est décidé ! Les marcheurs iront à Montgomery, même si pour cela, il faut parcourir près de 60 kilomètres depuis Selma. Le dimanche 7 mars 1965, la météo n’est pas au beau fixe, le vent est fort et le froid mordant. Les 600 marcheurs rassemblés pour rejoindre Montgomery depuis Selma grelottent de froid dans le petit matin. Mais ils n’en sont pas moins déterminés à présenter leurs requêtes lors d’une marche qu’ils souhaitent pacifique. Ils ont aussi l’intention d’attirer l’attention générale par des actions non-violentes et spectaculaires. Mais du côté des autorités, de gros moyens sont déjà mis en place pour empêcher que le cortège ne s’ébranle. Des troupes à cheval ont été disséminées dans la ville, des policiers attendent de pied ferme le défilé sur le pont Edmund Pettus qui enjambe l’Alabama River et se trouve à la sortie de Selma.

Les têtes de cortège s’inquiètent et se demandent s’il faut continuer. Ils prennent conseil auprès de Martin Luther King qui n’a pu rejoindre cette troupe résolue, retenu par ses obligations à Atlanta. Le pasteur réfléchit et prie quelques instants. Bien sûr, il ne sait pas que les événements qui vont suivre s’avèreront terribles pour ces amis engagés sur place. Il leur demande donc de persévérer et tenter de rejoindre la capitale de l’Alabama malgré l’interdiction de marche émise par le gouverneur de l’état. Le défilé se met en route en plusieurs colonnes et emprunte la US Highway 80 (Route 80) en direction de Montgomery. Arrivé au Pont Edmund Pettus, les policiers barrent le chemin. Des badauds blancs suprémacistes se sont rassemblés pour se moquer et rire au passage du cortège. De nombreux journalistes régionaux et nationaux se sont déplacés eux aussi. Le shérif Clark ordonne aux manifestants de se disperser. Le cortège hésite, s’arrête un instant. Les guides du cortège ont quelques secondes pour prendre une décision. La tension est à son comble : les visages se crispent dans les deux camps. Personne ne rebrousse chemin.

Alors ce qu’il se passe est inhumain. Plus épais que le brouillard, des gaz lacrymogènes inondent le pont et aveuglent les personnes qui s’y trouvent. Les policiers à cheval ou à pied, chargent les manifestants à coup de matraques et de fouets. Comme des hordes barbares, ils se déchainent sous les cris de joie des Blancs venus « au spectacle ». Des hommes et des femmes de tous âges se retrouvent à terre inconscients, blessés et reçoivent des projectiles lancés par les spectateurs racistes. Toute la première ligne du cortège qui est fauchée. Amélia Boynton Robinson, une des organisatrices de la marche de Selma est tombée inanimée sur le pont Edmund Pettus. Pourtant, un policer continue à la rouer de coups. Un journaliste qui se trouve à proximité immortalise la scène. Les images voyageront dans le monde entier après leur édition dans la presse nationale. Quant aux autres marcheurs, ils sont refoulés et poursuivis sur plusieurs kilomètres. L’hécatombe s’élèvera à près de 100 blessés. On dénombre des jambes fracturées, des dents cassées, des côtes enfoncées et de nombreux visages ensanglantés et couverts d’ecchymoses.


Dans la foule, Rosa Parks, venue pour soutenir ses compagnons, observe ce désastre les larmes aux yeux. Son constat est terrible : 10 ans après le boycott des bus de Montgomery, la lutte pour obtenir plus de justice n’est pas achevée. Le chemin vers la liberté est encore long. Combien de marches et de boycotts faudra-t-il pour que Noirs et Blancs vivent en paix aux Etats-Unis et dans le monde ? Ce Bloody Sunday est un échec du point de vue des blessés et des violences que les manifestants ont subies. Mais la couverture médiatique de ces évènements engendra un électrochoc, un sentiment profond de honte chez les autorités et parmi l’ensemble de la population. Le président des Etats-Unis, Lyndon B. Johnson, qui n’est pourtant pas du genre à s’émouvoir, est scandalisé lorsqu’il voit les images diffusées à la télévision. Il déclare : « Ce qui s’est passé à Selma est une tragédie. Il n’est pas juste de traiter des citoyens paisibles avec une telle violence. Il n’est pas juste de leur barrer le chemin des urnes. » La découverte des violences policières exposées en gros plan sur les écrans de télévisions du monde entier assure au mouvement le soutien de l’opinion publique et prouve que la stratégie non-violente chère à Martin Luther King possède un réel pouvoir. Le pasteur est effondré par ce qu’il s‘est passé ce jour-là à Selma. Tant de violences et de haine. Tant d’injustices. Parviendra-t-il à mettre fin à ces brutalités inutiles et injustes ?

Si cette histoire, vous intéresse, rendez-vous vendredi pour lire comment Martin Luther King réagit face à cette injustice et ces violences ou dans le support pédagogique de l’association Carpediem éducation,  dédié à ce héros de la non-violence ; « Le rêve de Martin Luther King »

 

A propos de l'auteur

Axelle Rousse_Redacxelle

Femme fatale aux courbes si parfaites qu’indicibles, je reste au foyer pour éviter les paparazzi et mener une vie tranquille loin des projecteurs. J’en profite pour cultiver mes neurones et m’intéresser à tout et n’importe quoi. Mes madeleines préférées sont la grammaire française, la littérature, la musique savante et la pédagogie.

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