La guerre en substances

Difficile de le nier,  l’homme, depuis la nuit des temps, est aux aguets du moindre prétexte politique, religieux ou vénal pour justifier des grands coups sur la tronche de son voisin (malheureusement). Mais s’il en est des dévoués, des mercenaires, des téméraires, des inconscients, la plupart des hommes qui vont au feu maculent leurs caleçons et sont donc, de ce fait, moins performants au « trucidage ». Que cela ne tienne, les militaires de haut rang (vous savez, ceux qui décident du volume de chair à canon et qui assistent au combat de loin en sirotant leur bière au Balto*) ont vite compris comment résoudre le problème. Un petit coup de paradis artificiels, et hop, ça vous transforme un trouffion en bête sanguinaire. Voici quelques exemples :

  • A la belle époque de l’empire Inca (avant que Colomb et les conquistadors ne viennent mettre leur zone), on octroyait quelques feuilles de coca à mâcher aux guerriers. Endurance et euphorie garanties au combat.
  • Bien avant les hippies, les vikings, grands semeurs de terreur, n’hésitaient pas à ingérer des champignons, des amanites tue-mouche en l’occurrence. L’effet hallucinogène des champignons les menait jusqu’à une rage guerrière inouïe qu’ils nommaient bersek. C’est sûr que voir des monstres partout plutôt que de simples combattants, ça donne envie de massacrer !
  • Fondé à l’aube du XIème siècle en Syrie, l’ordre des Haschichins ne faisait pas non plus dans la dentelle.  Islamistes mèga-intégristes, les Haschichins liquidaient sans autre procès tous les non croyants et les « mal croyants ». La consommation accrue de haschisch leur permettait d’accéder, à ce qu’ils prétendaient, à une spiritualité totale. Par voie de conséquence, la défonce permanente ne leur faisait pas trop se poser de questions quant à éliminer un hérétique ou non. Haschichin se serait déformé en assassin. Mais depuis quelques temps, cette thèse serait réfutée.
  • Au début du XXème siècle, la Prusse (Allemagne aujourd’hui) est alors en pleine campagne d’Afrique (depuis de nombreuses années déjà, la Prusse est à la recherche de nouveaux territoires à conquérir). Mais les locaux ne se laissent pas faire. On décide alors de  fournir de l’héroïne (rien que ça) aux soldats prussiens. Ca tombe bien, l’héroïne avait été synthétisée à partir de la morphine en 1874, alors pourquoi s’en priver. Engourdissement et sentiment de grande puissance ont fait le reste…
  • Durant la révolution mexicaine (20/11/1910 – 27/05/1911), la drogue des guerriers est la marijuana (cannabis). D’ailleurs, j’allais dire la chanson mais c’est plutôt un hymne, la cucaracha (qui désigne en premier lieu une blatte mais aussi un joint), chantée par tous les combattants, fait ouvertement référence à la prise de marijuana :

 La cucaracha, la cucaracha, ya no puede caminar. Porque no tiene, porque le falta, marijuana que fumar.

Le cafard, le cafard, ne peut plus marcher.¨Parce qu’il n’a pas, parce qu’il lui manque, de la marijuana à fumer.                   

  •  On retourne chez les teutons. Les « teufeurs » ne sont finalement pas des précurseurs. Les soldats allemands s’envoyaient déjà de l’ecstasy durant la première guerre mondiale. En effet le MDMA a été synthétisé en 1912 par une société locale du nom de Merck. A l’origine, la pilule produite se voulait amincissante. Mais des tests ont démontré que le médicament réduisait le besoin de sommeil et de nourriture. Manger, dormir, ça prend du temps : alors une petite pilule, et hop, au combat… non mais ! Sur le front russe, on consommait aussi, vraisemblablement, des cigarettes à l’opium.
  • Pendant la guerre 1939-1945, les officiers américains stimulaient leurs hommes avec du speed. Ce produit est en fait une amphétamine (benzédrine dans ce cas) : sensation d’invincibilité, éveil prolongé et effet coupe-faim. Tout ce qu’il faut pour faire un bon soldat ! De leur coté, au même moment, les français et anglais n’étaient pas en reste. Eux aussi se voyaient proposer de la benzédrine mais d’une manière plus subtile : on la retrouvait dans les tablettes de chocolat faisant parties des rations.
  • Pendant la guerre du Vietnam, les soldats américains (très très jeunes pour la majorité d’entre eux), noyaient leurs peurs dans la marijuana et le LSD (psychotrope hallucinogène).
  • Plus proche de nous en 1989, l’armée soviétique (russe 2 ans plus tard) entreprend d’aller réprimer une manifestation pacifique en Géorgie. Histoire de bien se préparer, les militaires prennent de la pseudoéphédrine concentrée (ben oui, quand même). Le résultat est éloquent, tous les pacifistes sont massacrés.
  • Une enquête du magazine TIME en 2008 révèle que 12% des combattants américains en Irak et 17% en Afghanistan sont sous anti- dépresseurs. La seule solution que l’armée a trouvé pour garder sa « matière première ».
  • Terminons par une note plus cocasse. L’armée de l’air israélienne est sur le point de fournir ses pilotes en viagra. Motif ? Des effets secondaires augmenteraient la pression sanguine dans les poumons et permettrait ainsi aux chasseurs de mieux résister à la diminution d’oxygène en vol. Pourquoi pas. Il faudra juste veiller à ne pas se tromper de manche…

Allez, pour moi, ça va être une verveine devant « Plus belle la vie », il y a moins de risques…

 

* PS : Il y en a du monde au Balto ces derniers temps !


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Billx

Homme de poids s'il en est, le Billx est un curieux insatiable qui tend à partager le savoir qu'il glane au quotidien. Facile à apprivoiser (un verre de Saumur-Champigny suffit), le Billx n'hésite pas à se servir de l'humour comme d'une arme de vulgarisation massive. Doux la plupart du temps, il accepte sans problème les critiques pourvu qu'elles soient constructives.

14 commentaires

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  • Très intéressant ! Et encore, on ne sait pas tout…comme quoi la manipulation de masses à des fins guerrières ne date pas d’aujourd’hui…quand un mec osera un jour révéler ce qu’il y a vraiment dans le Red Bull, alors le Monde tremblera…mais sera-t’il encore temps ???

  • Oui, moi aussi, je suis vraiment étonné de savoir ce que veut dire la cucaracha, et dire que y’a certains mecs chantent une chanson sur un cafard pour faire bon genre… pathétique du coup ^^

  • (Le bac est fini, je peux reprendre mes activités sur le site 🙂 )

    Dans le jeu Assassin’s Creed, il est question des Hashichiyouns (ou Hashichins selon les versions). Il semblerait que ce soit la secte des Nizârites, et leurs activités s’étendaient beaucoup plus loin que la Syrie seule : Vu que la période correspond à l’époque des croisades, ils ont certainement dû jouer un petit rôle, comme les Templiers.

    (Les commentateurs sont priés de ne PAS soulever la question du complot international dirigé par les sociétés secrètes 😀 )

  • @ Mary : Ben pour moi, la Prusse « s’éteint » à la fin de la 1ére guerre mondiale, en 1918 donc (les livres d’histoire disent la même chose) 😉

  • Excellent article, et qui plus est bien écrit. É-nor-me l’info sur la cucaracha ; comme bwajour j’étais loin de l’imaginer.

    Concernant les Hashishins, pour m’être déjà intéressé au sujet je peux en dire ceci : la légende ne raconte pas que les combattants, ou plutôt assassins, étaient drogués pendant leurs missions, mais qu’on les droguait, et, s’assoupissant, on les conduisait dans un lieu au décor paradisiaque, où ils découvraient à leur réveil nourritures, jeunes vierges et autres gâteries. Par la suite, on leur disait « tu es au paradie maintenant, et tu pourras y revenir si tu obéis à nos ordres ».

    En fait, rien de tout cela. Les Hashishins ne consommaient pas de haschisch. Cette légende a été ramenée en Europe par Marco Polo et utilisée comme propagande pendant les dernières croisades pour discréditer l’ennemi musulman.

  • J’ai lu qu’il pouvait y avoir eu une mauvaise interprétation du terme « Hashishins », qui proviendrait de « Asas » et pas « Hashish », « Asas » signifiant « base, fondement » (En un sens, « crédo » d’où le nom du jeu cité plus haut) et donnant le terme « Assassiyouns »

  • Pour répondre à Mycroft, je vous encourage très fortement à lire le livre « Les croisades vues par les arabes », un bouquin vraiment passionnant sur cette grosse baston vu par l’autre côté. Très intéressant.
    On y apprend en effet que la secte des hashichins a joué un rôle dans les croisades.

    (le bac s’est bien passé ? Tu as pu ressortir une des choses apprises sur ce site ? 😀 )

  • J’ai préféré ne pas me base sur un jeu (quoi qu’excellent et bourré de notions historiques réelles), mais ton livre prévaut en terme de source.

    (Le bac s’est bien passé mais réponse le 7 juillet 🙂 )

  • En 1914, nos poilus ne marchaient pas à l’héro, la beuh ou autre ecsta, non, les pioupious étaient envoyés au casse-pipe gorgés de calva, fine et autres armagnac ou assimilés. Ça écoulait les surplus qui n’étaient pas consommés en ville dans les bistrots et ça donnait du coeur au ventre disait-on, en tous cas ça embrouillait au moins les esprits et les gars bourrés avaient moins de réticence à franchir le parapet et à se faire trouer la peau par les mitrailleuses de l’ami Fritz….

    Signé : le petit-fils d’un ancien combattant de la Grande Guerre qui lui marchait à la grappa (ben oui, il était italien).

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