Pourquoi apporte-t-on des oranges aux prisonniers ?

Pourquoi lorsque l’on va visiter un proche en prison (je dis “on”, mais dans la famille, nous avons tous un casier judiciaire plus vierge que Mireille Matthieu, hein !), nous lui apportons des oranges ? Enfin, c’est plutôt la légende qui dit que l’on apporte des oranges aux prisonniers. Légende ? Pas tant que ça ! En fait, cette pseudo coutume est née d’un fait divers.

Il était une fois, à la fin du XIX éme siècle, le vilain sénateur Béranger surnommé “le Père la pudeur”, obsédé (?) par la censure et la bonne moralité. Ce monsieur était un fervent opposant à l’émancipation des femmes, surtout quand cela touchait à leur plaisir sexuel (un mec super drôle quoi). Il était aussi une jeune demoiselle, Marie-Florentine, très souvent accompagnée de ses trois meilleures copines. Marie-Florentine Roger qui préférait qu’on l’appelle Sarah Brown et ses trois amies, eurent alors subitement envie, en 1892, de se mettre presque toutes nues dans la rue lors du défilé du bal des Quat’zarts (élèves des Beaux-Arts à Paris). Bah quoi, on peut se lâcher de temps en temps, zut alors ! Hélas, courroux du méchant sénateur, qui les dénonce sur le champ (oh, le rabat joie !). La jeune Sarah est alors jugée. L’affaire déchaîne les passions.

Dans l’attente du verdict, Raoul Ponchon, poète et écrivain reconnu de son état, se laisse alors aller à composer ces vers : “O ! Sarah Brown ! Si l’on t’emprisonne pauvre ange, le dimanche j’irai t’apporter des oranges

Voilà, il aura juste suffit de cette rime pour que l’on apporte par la suite des oranges aux prisonniers (et aussi aux malades).

Et moi de me poser la question : Si la donzelle était née petite au lieu d’ange sous la plume de Ponchon, celui-ci lui aurait-il apporté des frites ?

A propos de l'auteur

Billx

Homme de poids s'il en est, le Billx est un curieux insatiable qui tend à partager le savoir qu'il glane au quotidien. Facile à apprivoiser (un verre de Saumur-Champigny suffit), le Billx n'hésite pas à se servir de l'humour comme d'une arme de vulgarisation massive. Doux la plupart du temps, il accepte sans problème les critiques pourvu qu'elles soient constructives.

13 commentaires

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  • Je demande des droits d’auteur pour inspiration 😮

    J’ai beau participer à plusieurs défilé y’a plus de fille qui se foutent à poil hein!
    Pourtant pour le 14 juillet ça serait pas mal!

  • Pour les curieux, Sarah Brown ne portait que des bas de soie et des chaussures noires… un rien habille une femme.
    Sinon le sénateur Béranger a été très dévalorisé suite à tout le mal qu’il a fait aux artistes. Il n’en reste pas moins un progressiste qui a beaucoup contribué à l’humanisation des prisons et du processus pénal. On lui doit la libération conditionnelle et le sursis. Il a aussi énormément travaillé sur la protection de l’enfance.Grâce à lui des parents peuvent être condamnés pour violence sur leur enfant. Il introduit la notion d’enfant victime – enfant coupable. Ses travaux conduiront à la disparition des colonies pénitentiaires pour enfants.
    Raoul Ponchon est aussi célèbre pour son : “Quand mon verre est vide, je le plains; Quand mon verre est plein, je le vide.”

  • Jolie histoire. Mais, je ne comprends pas comment peut on déduire que de cette rime on passe à offrir des oranges aux prisonniers. Le vers traduit peut être déjà une habitude d’offrir des oranges. Remarquons que les oranges étaient l’offrande la plus usuelle le jour de Noël dans les pays anglo-saxons. Un “complément alimentaire” très utile.

  • Cela fait également écho à la geste de Garin de Monglane. Cette geste du moyen-age évoluera en chansons qui ont perduré jusqu’au XIXème siècle.
    elle s’articule autour de guillaume de gellone qui deviendra guillaume d’orange et même saint guillaume. Contemporain de Charlemagne, il a aidé à repousser l’invasion arabe en prenant notamment la ville de Nîmes et la ville d’Orange.
    A l’origine constitué de plusieurs textes très disparates, ils ont été harmonisés avec la bonne couche de romanesque propre à toute bonne chanson de geste.
    Pour résumer, Guillaume et Orable (la reine de la cité d’orange) sont follement amoureux. Guillaume prisonnier des tourments de son cœur se constitue prisonnier pour pouvoir revoir sa belle. Orable livre alors la ville à l’armée chrétienne de guillaume.
    Elle offre ainsi Orange à son prisonnier.
    Elle sera baptisé sous le nom de Guibourc (c’était plus joli Orable) et épousera Guillaume.

    Je ne peux pas dire que c’est la source de l’expression mais des publications sur cette chanson de geste apparaissent vers 1850 et il y est clairement indiqué qu’il y a encore à cette époque des chansons sur le sujet.
    http://books.google.fr/books?id=mwoXAAAAYAAJ&printsec=frontcover&dq=guillaume+d%27orange#v=onepage&q=&f=false

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