Pourquoi dit-on « faire un boeuf » ?

Ou plus souvent, taper le boeuf. En anglais on parlera de jam session. Il est bien sûr évident que cette expression est d’abord parlante aux musiciens. Pas question de grenouille dans l’histoire. Faire un boeuf signifie participer à une réunion impromptue de musiciens et jouer tous ensemble en laissant la part belle à l’improvisation. Ok, mais pourquoi le boeuf et pas le panda ?

Parce qu’on ne tape pas le panda, c’est une espèce protégée… Hem. Plus sérieusement, l’année 1921 vit la création d’un cabaret parisien (pas très loin de l’endroit où Lully passa de vie à trépas) dans le 8ème arrondissement. Le beau monde de l’époque, comme Jean Cocteau par exemple, aimait à s’y rendre. Et Léo Ferré et Charles Trenet notamment y firent leur début. Très vite, les musiciens parisiens de l’époque (et même ceux de province de passage hein !), prirent l’habitude de se retrouver au sein de ce cabaret une fois leurs cachets empochés dans les divers clubs musicaux de la capitale. Histoire de pousser encore plus loin la musique dans les limbes de la nuit et de continuer à se faire plaisir en jouant avec de parfaits inconnus. Dans ces moments là, pas d’interdits, chacun est libre de fouler la scène avec son instrument, un grand bazar joyeux en somme. Un boeuf donc. Ah, au fait, l’établissement en question s’appelait (et s’appelle toujours)  « Le Boeuf sur le Toit » .

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Billx

Homme de poids s'il en est, le Billx est un curieux insatiable qui tend à partager le savoir qu'il glane au quotidien. Facile à apprivoiser (un verre de Saumur-Champigny suffit), le Billx n'hésite pas à se servir de l'humour comme d'une arme de vulgarisation massive. Doux la plupart du temps, il accepte sans problème les critiques pourvu qu'elles soient constructives.

6 commentaires

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  • Pour une fois je pense que l’explication n’est pas du tout complète !

    Le café s’appel « le boeuf sur le toit » en hommage à la pièce du même nom de Darius Milhaud écrite en 1919, soit 2 ans avant l’ouverture du cabaret.
    La pièce est basé sur un thème brésilien et même si elle reste dans le domaine du « classique » a de gros influences du coté du jazz.

    L’expression faire un boeuf viendrai donc de Milhaud !

    Pour éviter de la chercher, elle est là : http://www.youtube.com/watch?v=9_bs0zhvs-I

  • Les musiciens cubains, de jazz latin et de salsa parlent eux plutôt de descarga (« décharge ») ^^
    Bonne continuation !

  • Aaah, Le Boeuf sur le Toit, une très bonne adresse ! Mais avant d’être l’oeuvre musicale de Darius Milhaud, cette expression viendrait d’une rengaine brésilienne : celle-ci moquait les vieux beaux cariocas (de Rio de Janeiro) manquant d’entrain auprès de leur jeunes maîtresses…
    Pour ce qui est de ma source, c’est un vénérable historien franco-portugais, chargé du patrimoine de la dite brasserie (entre autres établissements du même acabit) qui m’a raconté de vive voix cette anecdote.

  • Le boeuf sur le toit de rio de Janeiro etait lui meme du a des paysans… Non, la’, je pourrais bien imaginer, mais ce serait pas gentil de donner une fausse piste, donc, dans mon ignorance, je guette la fin de la piste !

    D’ou vient cette expression bresillienne ?

  •  » … On faisait un boeuf quelque,part … rien qu’un trio ,trois gars qui tuaient le temps en improvisant dans un bar paisible  » …  » … et c’est là, le boeuf, avec batterie et contrebasse et clavier, un trio de joyeux drilles, pieds nus, le batteur qui se penche et cause au barman tout en jouant. »
    Eleanor CATTON
    La répétition( The rehearsal 2008, 2011 pour l’édition française, Denoël,Traduit de l’anglais -Nouvelle-Zélande- par Erika Abrams )

    C’est en cherchant le sens de cette expression que je suis tombée sur votre site, merci !

  • DU BŒUF À LA CONFITURE…
    IL EST consternant de constater l’amalgame qui se fait constamment du bœuf et de la confiture. Et ce n’est pas l’énigmatique Anatole qui me contredira. Ne mélangeons donc pas ; le boeuf est une chose, la confiture en est une autre.
    L’expert ès sciences jazzées qu’est Charles Aznavour a très bien défini ce qu’est la con- fiture. Pour faire une jam, dit-il en sub- stance, il est nécéssaire de réunir quelques souffleurs, frotteurs et percuteurs, pas oblig- atoirement sélectionnés au départ, de les laiss- er mettre en place leur propre dosage, l’assemblage se faisant naturellement pour produire un bouquet de couleurs, de saveurs et de fruité, propre à chaque cueillette.
    À l’origine — faut-il le rappeler ? — la jam était ce rendez-vous informel de musiciens de différentes formations. Elle avait souvent lieu après la fermeture et le départ du public. La jam, cette confiture de talents, de tempéra- ments, de styles mêlés et confrontés, pouvait durer toute la nuit pour le seul plaisir du jeu collectif et de l’exaltation de se mesurer les uns aux autres. Si, plus tard, des jams dépourvues de spontanéité furent combinées avec plus ou moins de bonheur par des organ- isateurs de spectacles, c’est une autre histoire.
    Le bœuf, en revanche, a lieu en public, là où se produit un orchestre. Un musicien présent dans la salle s’offre, en accord tacite avec le groupe, à jouer pendant une courte période, à la place d’un des musiciens, Et ce peut être l’inverse. L’un des musiciens fait appel à un collègue qui se trouve dans la salle, se retire momentanément de la formation et lui offre de jouer quelques morceaux à sa place, pour le simple plaisir fraternel et gratuit d’un échange musical.
    Au contraire, un musicien, renommé ou non, invité pour une soirée à se joindre à l’orchestre, ne fait pas un bœuf; il est invité d’honneur — ou simple invité et, comme tel,
    rémunéré. La seule similitude entre jam et bœuf est que tous deux sont des jeux gratu- its, pour le seul bonheur partagé.
    Reste que si le terme « jam » est parfaite- ment clair, l’expression « faire un bœuf» est restée fort obscure jusqu’à présent . Sans vouloir prétendre donner une explication irréfutable, il semble cependant que l’on puisse raisonnablement croire à celle-ci.
    Au siècle dernier, dans l’argot des typographes — relevé dans le Dictionnaire de l’argot des typographes d’Eugène Boutmy (Marpon et Flammarion, Paris 1883) — faire un bœuf signifiait, pour un compagnon typo, composer gracieusement quatre ou cinq lignes pour un camarade momentanément absent. L’expression s’employait presque exclusivement dans les équipes de composition des journaux. C’est très exactement la définition de notre bœuf, transposée au domaine du jazz. Mais pourquoi un bœuf ? On peut hasarder quelques étymologies. Une pièce de bœuf était une composition typographique de longue haleine, d’où du travail assuré et la certitude de gagner son bœuf (à la même époque, un bifteck désignait la « femme de rapport », la « marmite » du souteneur; encore du bœuf !). Associé à l’idée de labeur et de gagne-pain, le mot a son prix. Faire un bœuf, gage de con- fraternité, est donc une prestation offerte en cadeau, par amitié et complicité, à un con- frère momentanément indisponible (volon- tairement ou non). Et qu’il s’agisse de typographie ou de jazz, l’expression a la même acception.
    Il serait intéressant de savoir à quelle époque l’expression est apparue dans l’argot des musiciens français. Y-a-t-il réellement filiation ? Et, si oui, par quel sortilège l’expression est-elle passée d’une corporation à l’autre ? La question reste posée.
    Pierre Jonquières

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